Meet some English teachers (21) : Sylvie Brod (Ac. Paris )
Votre prof d’anglais (vous en avez de la chance) me demande d’expliquer comment j’aime notre métier. Ca va être difficile à démêler du reste de ma vie
!
Ce qui me pousse, c’est qu’apprendre et enseigner sont deux versants du partage. Ma devise, ce serait « je ne l’ai pas choisi, mais j’y fonce avec passion ».

J’ai toujours été parisienne, bien que j’aime vivre partout, et que je fasse toujours des voyages lointains un peu aventureux dès que je le peux (vaut mieux se débrouiller en anglais !).
Elève très moyenne, je n’aimais pas apprendre mes leçons, donc mes parents se sont sacrifiés pour m’envoyer à Londres. Et c’est là que j’ai découvert la liberté pour une ado du temps des Beatles, et j’ai compris que si on a vraiment envie de communiquer on progresse superbement. J’ai aimé toutes les langues étrangères, je les apprends facilement en voyage : je pense que parler la langue de quelqu’un, ou au moins l’anglais, c’est une marque de respect pour l’autre, une politesse en échange de la découverte.
Mais je viens de me jouer un mauvais tour, j’apprends le chinois cette année, et j’ai vraiment du mal, surtout si je ne révise pas le soir même et le matin avant mon cours !
Pour payer voyages et études, j’étais vendeuse au BHV, et un jour où il n’y avait pas de remplacements de vendeuse, j’ai poussé une porte à la Sorbonne un peu par hasard, et j’étais partie, le jour de la mort du Général de Gaulle, pour 10 ans et 29 établissements différents comme « maîtresse auxiliaire ».
Les débuts furent difficiles – presque 21 ans et des grands élèves « du technique », rien que des garçons plus âgés que moi, mais somme toute ils ont été très patients.
Je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait faire, j’avais déjà une génération de retard après 68, et je croyais qu’il suffisait d’être gentille pour être aimée. Quelle catastrophe !
J’ai ensuite repris des études le soir pour apprendre qu’il n’y a pas qu’une manière d’enseigner. C’était une période très agréable. J’ai enchaîné plein de diplômes et concours pour le plaisir, tout en enseignant. Et un jour, je me suis rendu compte que, au fait, j’étais prof. Et en plus, que j’aimais ça.
Quand je ne fais pas d’études, je consomme de la bande dessinée, du jazz et des voyages, et j’écris sur ces trois sujets.
J’ai eu la chance de travailler partout, lycées prestigieux ou collèges de campagne, dans les « banlieues » ou comme maintenant un beau et bon collège en plein centre de Paris, juste à côté de chez moi.
Le poste où j’ai le plus appris, c’est la ZEP (zone d’éducation prioritaire) parisienne où je suis restée dix ans. C’était fatigant, mais tous les collègues travaillaient toujours en équipe, et les élèves étaient fiers de nous. J’y ai beaucoup réfléchi sur la Loi, le Respect, et en ai gagné bien plus de patience.
Pour mieux travailler en équipe, j’ai la chance d’avoir pour amis virtuels la plupart des profs qui ont posté leur vie sur ces pages. Et je passe des heures à suivre les pistes qu’ils proposent ou lorsque j’ai de la chance, à répondre à un message d’entraide.
Mes élèves m’envoient souvent leurs devoirs par e-mail, raison de plus pour rester scotchée à l’ordy.
De temps en temps, ma famille récrimine « tu viens à table, ça fait deux heures… » et moi « encore une minute, j’ai presque fini… », pire que mon fils de 19 ans qui étudie informatique et économie et espère trouver un métier moins fatigant.

La famille récrimine
Je ne m’y connais qu’un peu en informatique. Je ne suis pas parvenue à me créer un site pour la classe. Ca nous aurait pourtant bien fait gagner du temps.
Ce sont les élèves qui me font progresser lorsque je manipule le vidéoprojecteur de ma salle (surtout que je vous écris sur mon mac, les commandes ne sont pas toujours au même endroit) ou dans notre minuscule salle info.
Mes spécialités, à
l’école, ce sont les plus de l’enseignement : la remédiation, l’éducation à l’orientation, le repérage des souffrances, côté élèves – et profs parfois, et les projets,
le syndicat et le Conseil d’Administration, là où se décide la politique du collège.
Victor Hugo aimait les enfants
et défendait les opprimés
Mes élèves ont un jour dit que je me « mêlais ». De ce qui ne me regarde pas, bien sûr. C’est donc moi ici qui m’occupe du comité de soutien aux élèves dont les parents sont « sans papiers » dans la cité scolaire, avec le Réseau Education Sans Frontières. En fait, des
kilos de papiers par personne, et pour moi des rencontres avec des parents courageux, dont l’histoire est émouvante.
Je passe beaucoup de temps avec tous mes filleuls.
Mon portrait serait bien incomplet si je ne disais pas que le dernier tiers de mon temps, c’est le travail avec mon Conseil de Quartier.
C’est un groupe d’habitants qui enquête sur les envies des autres et pousse la mairie à les réaliser. Cela met des années, mais nous sommes parvenus à faire transformer un morceau d’ « autoroute urbaine » en piste cyclable, et nous faisons pousser des jardins à la place de grands pans de macadam. Ou nous aidons à réaliser une bagagerie pour SDF.
Parce que je crois que chacun de nous a une parcelle de pouvoir, et qu’en les mettant ensemble on peut faire de grandes choses (ça s’appelle empowerment en anglais).

J’espère que vous aussi saurez aller plus loin, repousser les limites, faire pousser des fleurs de tolérance,
Sylvie Brod
Collège Victor Hugo
Paris le Marais
Ce qui me pousse, c’est qu’apprendre et enseigner sont deux versants du partage. Ma devise, ce serait « je ne l’ai pas choisi, mais j’y fonce avec passion ».

A côté de chez moi
J’ai toujours été parisienne, bien que j’aime vivre partout, et que je fasse toujours des voyages lointains un peu aventureux dès que je le peux (vaut mieux se débrouiller en anglais !).
Elève très moyenne, je n’aimais pas apprendre mes leçons, donc mes parents se sont sacrifiés pour m’envoyer à Londres. Et c’est là que j’ai découvert la liberté pour une ado du temps des Beatles, et j’ai compris que si on a vraiment envie de communiquer on progresse superbement. J’ai aimé toutes les langues étrangères, je les apprends facilement en voyage : je pense que parler la langue de quelqu’un, ou au moins l’anglais, c’est une marque de respect pour l’autre, une politesse en échange de la découverte.
Mais je viens de me jouer un mauvais tour, j’apprends le chinois cette année, et j’ai vraiment du mal, surtout si je ne révise pas le soir même et le matin avant mon cours !
“七件武器 ,七种完美”
Pour payer voyages et études, j’étais vendeuse au BHV, et un jour où il n’y avait pas de remplacements de vendeuse, j’ai poussé une porte à la Sorbonne un peu par hasard, et j’étais partie, le jour de la mort du Général de Gaulle, pour 10 ans et 29 établissements différents comme « maîtresse auxiliaire ».
Les débuts furent difficiles – presque 21 ans et des grands élèves « du technique », rien que des garçons plus âgés que moi, mais somme toute ils ont été très patients.
Je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait faire, j’avais déjà une génération de retard après 68, et je croyais qu’il suffisait d’être gentille pour être aimée. Quelle catastrophe !
J’ai ensuite repris des études le soir pour apprendre qu’il n’y a pas qu’une manière d’enseigner. C’était une période très agréable. J’ai enchaîné plein de diplômes et concours pour le plaisir, tout en enseignant. Et un jour, je me suis rendu compte que, au fait, j’étais prof. Et en plus, que j’aimais ça.
Quand je ne fais pas d’études, je consomme de la bande dessinée, du jazz et des voyages, et j’écris sur ces trois sujets.
J’ai eu la chance de travailler partout, lycées prestigieux ou collèges de campagne, dans les « banlieues » ou comme maintenant un beau et bon collège en plein centre de Paris, juste à côté de chez moi.
Le poste où j’ai le plus appris, c’est la ZEP (zone d’éducation prioritaire) parisienne où je suis restée dix ans. C’était fatigant, mais tous les collègues travaillaient toujours en équipe, et les élèves étaient fiers de nous. J’y ai beaucoup réfléchi sur la Loi, le Respect, et en ai gagné bien plus de patience.
Pour mieux travailler en équipe, j’ai la chance d’avoir pour amis virtuels la plupart des profs qui ont posté leur vie sur ces pages. Et je passe des heures à suivre les pistes qu’ils proposent ou lorsque j’ai de la chance, à répondre à un message d’entraide.
Mes élèves m’envoient souvent leurs devoirs par e-mail, raison de plus pour rester scotchée à l’ordy.
De temps en temps, ma famille récrimine « tu viens à table, ça fait deux heures… » et moi « encore une minute, j’ai presque fini… », pire que mon fils de 19 ans qui étudie informatique et économie et espère trouver un métier moins fatigant.
La famille récrimine
Je ne m’y connais qu’un peu en informatique. Je ne suis pas parvenue à me créer un site pour la classe. Ca nous aurait pourtant bien fait gagner du temps.
Ce sont les élèves qui me font progresser lorsque je manipule le vidéoprojecteur de ma salle (surtout que je vous écris sur mon mac, les commandes ne sont pas toujours au même endroit) ou dans notre minuscule salle info.
Victor Hugo aimait les enfants
et défendait les opprimés
Mes élèves ont un jour dit que je me « mêlais ». De ce qui ne me regarde pas, bien sûr. C’est donc moi ici qui m’occupe du comité de soutien aux élèves dont les parents sont « sans papiers » dans la cité scolaire, avec le Réseau Education Sans Frontières. En fait, des
kilos de papiers par personne, et pour moi des rencontres avec des parents courageux, dont l’histoire est émouvante.
Je passe beaucoup de temps avec tous mes filleuls.Mon portrait serait bien incomplet si je ne disais pas que le dernier tiers de mon temps, c’est le travail avec mon Conseil de Quartier.
C’est un groupe d’habitants qui enquête sur les envies des autres et pousse la mairie à les réaliser. Cela met des années, mais nous sommes parvenus à faire transformer un morceau d’ « autoroute urbaine » en piste cyclable, et nous faisons pousser des jardins à la place de grands pans de macadam. Ou nous aidons à réaliser une bagagerie pour SDF.
Parce que je crois que chacun de nous a une parcelle de pouvoir, et qu’en les mettant ensemble on peut faire de grandes choses (ça s’appelle empowerment en anglais).
J’espère que vous aussi saurez aller plus loin, repousser les limites, faire pousser des fleurs de tolérance,
Sylvie Brod
Collège Victor Hugo
Paris le Marais
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