Quelle mauvaise réputation pour une si bonne filière ! (Témoignage de Cyril en prépa scientifique physique-chimie au lycée post-bac Saliège à Balma)

Publié le par Marielle Bianchi

 

Cyril-copie-1.jpegAahh la prépa ! Les deux ans d'études que l'on passe enfermés chez soi, dans une classe où les étudiants se tapent dessus, se refilent des faux cours, où les professeurs ne s'arrêtent jamais de les traumatiser. Le cursus pour étudiants « taupes », qui ne revoient la lumière qu'une fois les vacances d'été revenues... Quelle mauvaise réputation pour une si bonne filière !

 

Je suis en classe préparatoire scientifique de physique-chimie au lycée post-bac Saliège (Balma), et voilà, je ressors de mon trou pendant les vacances, j'en profite alors pour témoigner, comme me l'a demandé Marielle, de mon expérience, de ma très bonne (ou du moins jusqu'à maintenant) expérience ! Car non, la prépa, ça n'est pas l'enfer incarné dans les études. Je dirais même, de toute ma scolarité, c'est sûrement le meilleur cursus que j'aie abordé ! Explications.

 

  • Certes, la prépa, c'est dur.

C'est dur parce qu'on y passe sa vie. On y passe tout son temps, on ne fait que ça, de huit heures le matin à souvent vingt-trois heures le soir, et des fois même dans les rêves (la veille des DS par exemple !). Comme son nom l'indique, nous préparons un concours : il ne suffit plus d'avoir la moyenne pour passer, il faut être le meilleur ! D'où la mauvaise réputation ; d'où les rumeurs qui disent que les élèves ne s'entraideraient pas ; d'où les rumeurs comme quoi on ne sort de la chambre où l'on bosse que pour manger, aller aux toilettes et éventuellement prendre une douche et se laver les dents. Sauf qu'il n'en est rien. Et on nous le dit souvent, et c'est essentiel, une prépa, ça ne peut pas se réussir tout seul et dans de telles conditions. Dans une classe d'étudiants, on est « en compétition », mais en compétition uniquement à titre indicatif, car un échantillon de 40 à 45 étudiants n'est pas du tout significatif face à l'ensemble des prépas en France. Ainsi, les meilleurs tirent les moins bons vers le haut, et la cohésion dans une classe est très importante.

  • Mais alors, pourquoi c'est si dur ?

Il faut d'abord connaître le schéma général d'une semaine en prépa. Comme au lycée, on commence les cours à huit heures, on les termine dans l'après midi, entre seize heures et dix-huit heures ; chaque cours durant deux heures la plupart du temps, trois des fois, une très ponctuellement. Dans ma filière, on tourne aux alentours de onze heures de mathématiques par semaine, huit en physique, quatre en chimie, deux en anglais et deux en français-philosophie. Plus particulier à mon lycée, on a cours le samedi matin, et les DS sont l'après midi. Des week-ends courts, donc. Important ? Non, car on passe le dimanche à travailler, de toutes les façons, alors le samedi après midi dans la salle de devoir à plancher où à la maison à réviser, ça ne change plus grand chose.

Autre système important, les colles. En prépa, on est « collés » deux à quatre fois par semaine. Mais qu'est-ce que c'est ? Ça n'est pas la punition du collège, non, c'est une évaluation orale dans une matière, qui dure une heure, où par groupes de trois, on est au tableau avec un évaluateur (le colleur), on répond à une question de cours, puis on fait un exercice ou deux, et on est notés. Et autant dire que c'est la partie la plus stressante de la prépa, surtout quand le colleur n'est pas commode : on rencontre souvent des colleurs « sadiques », comme on dit. Une petite erreur et l'étudiant est décrédibilisé, ça peut même devenir cruel. « Je ne peux pas te mettre huit, tu comprends, alors je te mets cinq. Est-ce que tu veux contester ta note ? » Bien évidemment, la réponse est non ! A l'inverse, maîtriser un sujet en colle, c'est sûrement la situation la plus gratifiante de la prépa. On apprend toujours plus, on va toujours plus loin, on discute alors avec le colleur qui a alors l'air satisfait. Les colles, c'est le moment où l'on apprend souvent le plus, le moment où l'on doit tout réinvestir pour s'en sortir dignement.


Par conséquent, vous en conviendrez, il est inconcevable de ne pas passer tout le temps nécessaire pour comprendre et connaître, non seulement le cours, mais aussi savoir faire, de maîtriser les méthodes et de savoir résoudre des exercices pas trop laborieusement. Impossible de survivre en prépa si, en arrivant à un cours, on ne connais pas la leçon presque sur le bout des doigts. Travail régulier, et en quantité. D'autant plus que le rythme est bien plus que soutenu : on en est aux chapitres 20 en maths et en physique, 16 en chimie. On ne passe rarement plus de deux semaines sur un chapitre. En maths, à la rentrée des vacances dernières, on a terminé trois chapitres en une semaine. Je ne veux toutefois pas vous effrayer !  

  • Mais pourquoi c'est si bien, alors ?

Tout simplement, car la prépa est un cursus absolument approprié à ceux qui se lancent « à fond dedans ».

Tout d'abord, les cours n'ont jamais été aussi intéressants. Si on me proposait de revenir à l'an dernier, en terminale, je refuserais sans hésitation. C'est en post-bac heureusement que l'on s'en rend compte : les cours de lycée, qu'est-ce que c'était ennuyeux ! L'exemple des mathématiques : comment peut-on ne serait-ce que s'intéresser un minimum à un cours si pour chaque élément de leçon, on nous dit « Alors voilà, c'est comme ça parce que c'est comme ça. Vous l'admettez. » ? Encore ai-je eu la chance d'avoir deux excellents professeurs de maths en première et terminale qui, malgré ça, on eu la capacité de rendre leurs cours suffisamment intéressants pour qu'on arrive à les travailler sans se poser de questions ! Alors peut-être me prendrez vous pour un taré des maths qui passe des soirées à faire des exercices, chercher des démonstrations et apprendre des théorèmes par cœur, mais quand mon professeur de maths nous dit en cours : « cette démonstration est trop longue, je vous en fait grâce », c'est frustrant. Quoi de mieux que de comprendre les raisons qui font qu'un théorème est vrai quelque soit le cas étudié ? Pur la chimie et la physique n'en parlons même pas. On commence juste ! Et c'est énorme.

Bon, et il n'y a pas que ça. Les cours sont intéressants, certes, mais, également, l'ambiance de classe est géniale. Je me suis rarement aussi bien entendu avec presque TOUS les autres élèves dans une classe. On a tous un même but, on y va ensemble, et les liens se tissent rapidement. Il faut dire que passer son mercredi après-midi à travailler dans une salle de trois mètre carrés à la lumière artificielle, un tableau à chaque mur et une table au centre (des salle de travail que l'on appelle boxes dans mon lycée) avec deux où trois potes, ça rapproche. On est tous dans la même galère, alors on galère ensemble, c'est plus facile, et ça en devient épanouissant. C'est du moins le cas dans chaque classe du lycée Saliège.

 

  • Finalement, les débouchés.

On passe deux ans à bosser sans arrêt ou presque, mais pour quoi ? Pour des concours vers des grandes écoles, d'ingénieurs pour ma part. Il faut savoir que les étudiants en prépa qui n'obtiennent pas d'écoles au bout des deux ans sont très rares. Et puis, c'est pas grave, on peut « faire cinq demis », « khûber », c'est à dire refaire une deuxième année pour obtenir une meilleur école. Certaines écoles sont très prestigieuses, permettent d'entrer sur le marché du travail dès la sortie des études, sans délai. Certaines le sont tellement que la plupart de leurs étudiants sont déjà embauchés six mois avant la fin. Malheureusement, ces écoles sont accessibles qu'aux meilleurs des meilleurs de France, dont les concours sont très piégeurs, très difficiles, les meilleurs ne faisant en général qu'un dixième du sujet dans le temps imparti. Reste que beaucoup d'autres écoles plus modestes sont tout à fait adaptées au futur professionnel.

 

C'est pourquoi, passer son temps à travailler, c'est vraiment négligeable devant tout ces avantages propres à la prépa. D'autant plus que, voilà, ça vaut le coup.

Cyril L.

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Brigitte Thebault 03/03/2014 23:34


Cyril, ta capacité d'enthousisame demeure intacte. Tu es visiblement programmé pour vivre pleinement tout ce qui présente de l'intérêt à tes yeux - autrement dit, énormément de choses... On
devrait te cloner, tiens !


 


 

Nathalie 03/03/2014 10:23


Je me suis empressée de transmettre ton témoignage à mon fils qui est en seconde.


J'ai apprécié ton envie, ta soif d'enrichissement, ton goût de l'effort, toutes choses qu'un enseignant essaie de faire passer aux élèves.Je ne manquerai pas de signaler ton témoignage à mes
collégiens car je pense qu'il est plus intéressant, qu'il est plus marquant que ce que leurs parents et enseignants leur disent.


Merci Cyril pour ce témoignage qui, en tant qu'enseignante parfois lasse et découragée, m'a rappelé également en quoi ce métier est formidable : il existe dans notre "carrière" des moments
magiques où l'on se sent utiles, des élèves qui nous marquent et dont on se souvient longtemps après aussi.


 


 

Laurence 02/03/2014 19:14


Super témoignage Cyril, merci, je vais partager avec mes élèves de lycée ;-)