L'aveugle qui mène l'aveugle de Lisa B. (2nde)

Publié le par Marielle Bianchi

Topic 8 :L’aveugle qui mène l’aveugle

 

Personnages : Nawel et Alantha appartiennent à Pierre Bottero même si je me suis permis quelques écarts.

Résumé : J’ai placé les héroïnes dans un univers différent de celui de l’histoire. Je garde cependant une idée de M. Bottero. C’est Alantha qui parle.  

Petit mot : désolée pour ma longue absence… Pas facile de tenir tous ses engagements. Bonne lecture !!

 

Je suis du genre guerrière voyageuse. J’ai vu beaucoup de paysages, j’ai rencontré beaucoup de gens. Mais c’est la première fois que je rentre dans une ville au fonctionnement si féodal.  Cette cité est séparée en deux, bien distinctement, par une muraille.  Au centre se situe la partie riche, une minuscule enclave, comme un point, une petite bille au milieu d’un champ immense, protégée par un mur. Tout autour, ce ne sont que des masures délabrées, des petites maisons construites rapidement, des logements de fortune.

 Je dis ça, mais je me fie à ce que des compagnons de route m’ont dit. En vérité, je suis aveugle. Un combat m’a ôté la vue, il y a maintenant quelques années. Je ne m’en plains pas : j’ai appris à découvrir le monde d’une autre manière. Enfin, peu importe. On m’a conseillé, à mon arrivée, de m’attirer les faveurs des grandes fortunes de l’agglomération, pour pouvoir rester quelques temps. C’est ce que j’ai fait. Je me suis rendue dans le fragment aisé de la ville et à l’aide d’anecdotes quelconques, ai attiré l’attention d’une jeune fille. Une précieuse, je dirais. Une de ces jeunes filles insensibles à la douleur des autres, puisqu’elle-même ne connait pas la signification de ce mot. Suite au récit de mes aventures, elle a absolument tenu à me faire visiter sa patrie.

Me voilà donc en train de cavaler à la suite de mon bienfaiteur. J’ai déjà passé une ou deux heures à découvrir le secteur huppé, écoutant avec attention le babillage de mon amie, nommée Nawel, me semble-t-il. Elle a eu la gentillesse de me décrire toutes les beautés de son quartier. Mais, ce qu’elle ne savait pas, c’était que même si je suis aveugle, je suis capable de voir certaines choses, à ma manière. Elle me traîne maintenant dans les dédales de la ville. Elle m’explique, me présente les différents endroits. Ce qui me gène cependant, c’est cette nuance d’ironie dans sa voix. Une ironie accompagnée d’un dédain certain, d’une moquerie poignante.  Malgré tout, elle me décrit ce qui nous entoure, gaiement. Mais, j’ai un goût de bile dans la bouche. Comment peut-elle être si aveugle ?

J’ai l’impression que je suis celle de nous deux qui voit. Alors que nos pas résonnent sur le pavé, je ressens entre ces murs de pierre une pauvreté horrible. La misère présente m’écrase et m’envahit. Il n’y a pas de quoi rire : toutes les rues, tous les petits sentiers, toutes les pierres respirent la peur, la tristesse, la douleur, l’indigence. L’humidité clame haut et fort le mauvais entretien, les animaux faméliques hurlent la difficulté de la vie. Je ne les vois pas, je ne vois rien, pourtant, tous ces sentiments me remplissent, me submergent. Je sens que mon cœur veut éclater. Je peux très bien m’imaginer les ruelles que nous parcourons et je suis sûre que ma description serait bien plus réelle que celle de mon guide. Inconsciente de mon déchirement, Nawel poursuit son exposé, orgueilleuse et railleuse. La vérité me frappe durement. Cette fille a beau posséder deux yeux, elle est incapable de voir quoi que ce soit.  

Je suis aveugle et je découvre une ville par les yeux d’une aveugle. Laquelle de nous deux est le plus à plaindre ? Elle, qui possède la vue mais ne voit, ni ne sent rien ou moi, privée de cette vue, mais qui ressens tout ici ?

 

Lisa B.


Précédents textes du même auteur :

Hommage à Pierre Bottero (Introduction)   

Eh oui, la façon dont tu me regardes

La vérité et les pêches

Une nouvelle iconographie de la résurrection...

Deux jours de neige

 

 

 

 

 

 


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