Meet some English teachers (22) : Marion M.Galtier (Ac Orléans-T)

Publié le par Marielle Bianchi



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Bonjour !

Quand j’étais en classe de 3ème et que les professeurs nous faisaient remplir une fiche en début d’année en demandant ce que nous voulions faire plus tard, je répondais « n’importe quoi sauf prof ». Et puis j’ai dû faire une erreur quelque part puisque me voici prof d’Anglais depuis 17 ans…

Jeune fille, je voulais être éducatrice spécialisée ou assistante sociale. Mais j’aimais beaucoup l’Anglais et c’est ce que je réussissais le mieux, et puis je ne savais pas trop quelles études faire pour me diriger vers ces métiers,

alors par goût et par esprit de facilité j’ai fait des études d’Anglais. Le concours m’a semblé une façon rapide de trouver du travail, je me suis dit qu’on verrait après, que je pourrais changer après quelques années. Très vite, j’ai découvert un métier passionnant, que je fais avec bonheur et dont je ne changerais pour rien au monde.

J’ai eu deux postes en banlieue parisienne, dans des coins assez « chauds », et depuis 15 ans j’enseigne à Dreux, à environ une heure de Paris.
Je me rappelle ma première rentrée : on me confie une classe d’élèves de 6ème, que je trouve bien grands pour leur niveau (l’un d’eux avait de la barbe - peut-être le climat vivifiant de Dreux ?), et je monte en classe avec eux. Ils s’installent, dans le bruit et l’agitation, et voulant m’imposer rapidement je leur lance un « veuillez cesser ce brouhaha ! » cinglant. Puis, dans un calme total, je parle. Présentation du collège, du règlement intérieur, des cours… tellement de choses à dire que je ne demande même pas s’ils ont des questions. Après une bonne heure, une collègue passe la tête par la porte et me dit « c’est toi la prof principal des non-francophones ? faut que je leur donne les heures des cours de Français Langue Etrangère. » Et là, elle leur parle avec peu de mots et plein de gestes. J’étais bouche bée ! Je leur avais parlé une heure dans un langage parfaitement  incompréhensible… Je me suis sentie affreuse (et assez fâchée qu’on ne m’ait pas prévenue), et je me suis juré que plus jamais je ne parlerai à des élèves sans qu’ils puissent rien comprendre. C’est pour ça que je ne fais pas du « 100% Anglais » dans mes cours. Je veux établir une communication réelle dans les deux sens, ça me semble indispensable pour que la confiance et le respect mutuel se bâtissent (il y a sûrement d’autres méthodes, c’est juste que moi je n’y arrive pas autrement). Alors il y a les moments où je sors mon panneau « English Only Now ! » et où on joue le jeu, et les moments où on peut parler Français en travaillant.

J’aime beaucoup mon collège, c’est un lieu important de ma vie et j’y suis très attachée, c’est pour ça que ça me peine de voir que pour beaucoup de jeunes profs, arriver chez nous, c’est une punition. Et je les comprends pourtant ! Ils viennent de loin, parfois de St-Jean-de-Luz, Brest ou Marseille… Ils laissent leur famille, leurs amis, leur région, parfois un conjoint ou même un bébé, et ils sont parachutés dans un collège dit « Ambition Réussite », dans un quartier défavorisé et avec des élèves dont beaucoup sont en grande difficulté. Il y a des problèmes sociaux importants, qui peuvent les déstabiliser, et parfois des problèmes de violence ou d’incivilité, qui sont très durs à vivre. Quand on est tout jeune prof sans repères ou expérience, il faut du cran pour y arriver ! Et tout les ans je ressens une grande admiration pour ces jeunes enseignants qui débutent par un aspect pas facile du métier, qui bataillent dur, s’accrochent et réussissent. Il y en a même qui se mettent à aimer ça, la deuxième année, quand les élèves ont arrêté de les tester jusqu’à la moelle et qu’ils peuvent enfin enseigner dans la relation de respect qu’ils ont su gagner.

La partie que je préfère dans mon métier, c’est le côté « spécialisé » : enseigner aux élèves de SEGPA (en grande difficulté scolaire) ou d’IME (en situation de handicap). J’ai d’ailleurs passé un certificat complémentaire pour ça, le 2ca-sh, et la formation m’a énormément apporté pour mieux comprendre les difficultés des élèves et la façon dont leur intelligence s’exprime
J’aime aussi ce qui sort du strict contenu des heures de cours : être prof principal, encadrer un voyage, faire la formation des délégués, lancer la « semaine des langues » ou préparer des projets avec plusieurs collègues de matières différentes. Le côté éducatif du métier me passionne, et en collège on peut s’y donner à fond.

A force d’avoir souvent des élèves en difficulté, j’avais pris l’habitude de parler Anglais lentement, en articulant outrageusement et en faisant plein de grands gestes et de grimaces, à ce qu’on m’a dit… et je me sentais plus calée sur Jennifer Lopez que sur Shakespeare. C’est pour ça que j’ai pris un an de congé pour passer l’Agrégation. C’était passionnant et j’ai pu me remettre à niveau. C’était rigolo de redevenir étudiante à 35 ans. Et après tout, mes élèves méritent bien ça !

J’ai eu des élèves de styles très différents, mais la grande majorité a été composée de jeunes attachants et sympathiques. Il y a ceux qui ont bien du mérite à rester sérieux et motivés quand les autres ne le sont pas ; ceux qui ont un talent réjouissant ; ceux qui ont de l’humour (y’en a plein !) ; ceux qui se passionnent pour quelque chose ; ceux qui sont si fragiles qu’on voudrait les protéger ; ceux qui ont une personnalité hors du commun ; ceux qui ont un appétit de vivre débordant ; ceux qui sont juste des ados marrants et horripilants à la fois… Il y a aussi, chez nous comme ailleurs, des élèves brillants - et ils ont beaucoup de mérite à le rester dans un environnement qui n’est pas toujours favorable.

Au fil des années j’ai reçu des compliments touchants et parfois bizarres (« en fait vous êtes normale », « on rigole bien avec vous mais quand vous vous fâchez vous êtes toute rouge », « vous nous parlez comme à des êtres humains », « j’aime pas l’Anglais mais j’aime bien vos cours », « vous au moins vous ne sentez pas trop le parfum »). Il y a aussi des élèves que j’exaspère, mais ils sont assez courtois pour ne pas me le dire !

Parfois je me décourage, je trouve que mes cours sont trop bruyants, ou que mes élèves ne progressent pas assez, ou que je croule sous la charge de travail… mais il y a toujours des moments forts qui regonflent le moral à bloc. Quand un élève très faible et timide lève la main pour participer au cours, par exemple, ou quand on a fait confiance à un « dur » et qu’il lutte pour continuer à s’en montrer digne, ou quand une classe qu’on croyait peu motivée fournit un gros boulot, ou quand un élève qui ne tenait jamais son cahier fait l’effort de tout recopier depuis le début en soulignant tous les titres en fluo, ou quand on voit la fierté d’un élève à s’être dépassé. J’aime bien surtout les moments ou on sent qu’on prend tous du plaisir ensemble à faire de l’Anglais, quel que soit le résultat final.
J’aime bien afficher des messages dans ma classe. Il y en a un qui change toutes les semaines (comme « Be the change you wish to see in the world » de Gandhi), et c’est aux élèves de se débrouiller pour le comprendre. Et il y en a qui ne changent pas, comme « Learning is a work of patience », qui est tourné vers les élèves et que je leur rappelle quand ils trouvent que ça saoule, l’Anglais ; avec son double « Teaching is a work of patience » qui est tourné vers moi et qu’ils ont le droit de me montrer du doigt quand je m’énerve.

Quand j’entend des gens me dire « je n’aimerais pas faire votre métier », je leur répond qu’en 17 ans il ne m’est jamais arrivé de m’ennuyer une seule minute, et je crois que c’est assez rare dans la vie professionnelle. Quelle chance j’ai !


Marion Méranger-Galtier
collège et SEGPA Pierre et Marie Curie à Dreux
académie d'Orléans-Tours
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florence r 13/04/2014 17:50

Merci !pour les eleves ,pour le blog curie28 et enfin pour ce beau voyage en mars 2014.ainsi que pour toute cette energie.merci

nicole 06/02/2008 18:54

Ah ben voilà un prof comme je les aime!

Brigitte Baudet 06/02/2008 18:48

Contrairement à Marion, dans les premières minutes de mon cours d'anglais , en sixième ( ages ago! ) je me suis dit ce métier est pour moi.Certes c'est l'anglais qui m'a tout de suite plu .Mais j'ai toujours conservé le même enthousiasme et pour l'anglais et pour le métier que j'exerce.Peut-on-parler de vocation? peut-être.N'empêche que les élèves ont beau être différents avec le temps, j'ai toujours le même plaisir à entrer en classe .Je sais que selon l'heure et "mon humeur" le déroulement sera différent.Celà reste malgré tout un défi que j'adore .

delphine goncalves 06/02/2008 18:38

Joli parcours et en effet, çà donne envie de continuer.. Ce blog me permet enfin de voir ta tête puisque nous échangeons souvent des docs sur E-teach et Cie sans vraiment se connaitre. Nice to SEE you then ! Delphine Collège et Segpa George sand , chatellerault Académie de Poitiers _ 86

Prof en RAR de Calais 06/02/2008 13:26

Merci, Marion, tu me redonnes la pêche et envie d'y croire encore un peu et puis un peu et puis beaucoup !